"ALLEZ PLUTOT AU THEATRE. LE CINEMA EST MOURANT. LE THEATRE L’EST DEPUIS LONGTEMPS."

______--______________________________________ __KASPER BARFOED




Le théâtre peut-il être réaliste ?
Nous pensons que non, qu’il est une figuration d’une réalité. Nous nous servons d’ailleurs de nos créations théâtrales pour y inventer de nouveaux langages, décortiquer un système, réinventer en ne craignant pas de nous distancer du réalisme.
Et le cinéma ?
Le cinéma, bien que chargé de fictions, apporte un sentiment de réalisme jusqu'à en faire oublier la caméra.
Et que se passerait-il si le théâtre et le cinéma se rencontrent dans une création?
Nous avons envie de démembrer le cinéma pour l’amener sur un plateau. De trouver ce qui peut naître de la confrontation et du décalage entre le réalisme cinématographique et la distanciation théâtrale.
Notons que le démembrement des images sera total car les plans seront disséqués en images fixes la plupart du temps faisant naître ainsi un roman-photo théâtral.

Nous allons faire près de 9000 kilomètres pour réaliser ce spectacle qui aura pour base une enquête menée par un détective sur fond d’ambiance de roman noir. Nous allons travailler en France, en Belgique, au Québec et au Burkina Faso. Parce que, premièrement ce sont les pays d’où nous sommes issus et en second lieu parce que nous voulons jouer avec les différences qu’ils ont au niveau culturel et dans leur usage de la langue française et, au-delà des situations cocasses qui peuvent en découler, en faire ressortir un sentiment d’universalité. Nous allons renforcer cela en faisant appel, pour l‘écriture de l’histoire, à des auteurs francophones issus de ces pays: Milady Renoir pour la Belgique, Etienne Minoungou pour le Burkina Faso. Nous sommes actuellement à la recherche de l’auteur québécois et nous travaillons en relation avec l’Agence culturelle d’Alsace pour trouver l’auteur français qui coïnciderait avec notre projet.

Chaque voyage, rencontre et histoire liée à la période de création sera introduit dans l’histoire pour mettre en abîme le spectacle. Nous allons ainsi nous laisser influencer par tous les stimuli extérieurs comme un passage de douane, la vie des comédiens lors du voyage…
Ainsi, chaque lieu où nous allons séjourner argumentera notre création. Nous serons tout d’abord à l’Espace Grun (FR) puis à la Fabrique de Théâtre de Framerie (BE). Concernant la saison 12/13, nous serons présents au Centre culturel Jacques Franck (BE), à la Scène nationale de la Filature (FR) et il y aura également une série de résidences au Burkina Faso : à L’Institut Français Georges Méliès et au Carrefour International du Théâtre de Ouagadougou (BF). Notre recherche s’oriente maintenant sur des lieux au Québec.

À ce sujet, nous voulons qu’une partie de l’enquête ait lieu à Montréal car, non seulement nous voulons qu’un morceau de l’histoire se passe en milieu urbain mais aussi et surtout car Montréal est une ville pleine contrastes, un mélange fort de cultures et d’histoires, une des seules villes au monde où le vieux continent et le Nouveau Monde s’entrecroisent et lui donnent ce caractère unique et tellement riche. Un lieu où différences et universalité se rejoignent, comme ce que nous recherchons dans cette création. C’est pour cela que nous serions particulièrement intéressés qu’une étape de notre travail ait lieu aux Ecuries.

Pour revenir à la forme scénique, et plus spécialement au niveau sonore, nous allons travailler sur les mêmes bases que le cinéma. Pour commencer, les comédiens seront sonorisés pour renforcer l’immersion cinématographique du projet. La suite de la création sonore sera prise en charge par un musicien-plasticien et sera divisée en deux postes : les sons diégétiques (réalisés en direct à la façon d’un bruiteur de cinéma) et les sons extradiégétiques (bande son réalisée grâce à des sonorités trouvées lors des voyages, un mélange de sons électroniques et de sons traditionnels de chaque pays).

Il y aura donc sur scène trois postes scénographiques:

- Le poste parole, l’endroit où les comédiens disent le texte : ils sont à vue et utilisent des micros pour pouvoir mettre en place une ambiance cinématographique.

- Le poste ambiance pour la musique et les bruitages, occupé par un musicien-plasticien.

- Le poste image : les images prises tout au long des résidences, illustrant l’enquête, seront projetées sur un écran de cinéma.

C’est l’assemblage de ces trois postes dans un même espace qui va nous permettre de renforcer le décalage souhaité dans la réalisation pour montrer l’envers du décor et jouer avec le fait que cela reste un spectacle et une fiction. Parce qu’une esthétique, une dimension artistique que nous recherchons peut naître de cela.

Pour terminer, approfondissons quelque peu le fond de cette création. De quoi voulons-nous parler ?
Comme le nombre de mot est limité pour la réalisation de la présentation, nous n’allons pas revenir sur le fond principal qui est « l’interdialogue » entre différentes cultures francophones, mais sur notre souhait de communiquer autour de différents aspects qui intéressent chaque directeur artistique : la création, ses processus, ses difficultés et son avenir ainsi que l’avenir des financements dans le domaine culturel. Nous le ferons sous forme de clins d’œil car nous ne voulons pas faire de cette création un spectacle revendicatif mais nous voulons tout de même, puisque nous sommes dans un processus de déconstruction où tout est exposé, aborder ce qui nous touche. Ces pointes d’humour qui viendront se mêler à l’histoire décupleront les thématiques apportant à chacun le choix de s’intéresser à ce qu’il veut : l’histoire, sa construction, les idées qui gravitent autour ou encore la création dans son ensemble.

Un point que nous voulons ajouter - sans trop savoir où le placer dans cet argumentaire - est pourquoi le roman noir ?
Tout d’abord pour l’ambiance qui s’en dégage, à la fois très sombre et remplie d’humour, mais aussi parce que les personnages du roman noir ont souvent une personnalité complexe, remplie d’antagonismes qui permet à l’auteur de les mettre dans des situations tantôt violentes, dramatiques, tantôt absurdes et drôles.
Enfin, parce que le héros, le détective, évolue souvent dans un univers topographique et sociologique diversifié. Son enquête devient ainsi un témoignage sur la spécificité d'une communauté humaine et c’est ce que nous recherchons : enquêter dans plusieurs pays pour redécouvrir ces pays.

Pour résumer, nous allons donc créer un roman noir écrit par des auteurs francophones québécois, belge, français et burkinabé, joué par des comédiens issus de ces cultures, à la musique interprétée en direct par un musicien-plasticien, dont les images seront projetées sur un plateau où l’on découvre des cultures presque similaires et aussi une version de l’avenir de la création artistique.


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