Le musée de l’intime est un projet contradictoire, puisqu’il rend publiques des pensées. Via des capsules sonores, les auditeurs pourront écouter et rentrer dans des pensées, des souvenirs, des visions, des ressentis et des émotions d’autres personnes.

Tout comme dans un musée, nous sommes spectateurs. Nous ne pouvons donc qu’écouter, nous déplacer, à l’image des anges du film Les ailes du désir, à nous de tirer les conclusions de ce que nous entendons, d’insérer leurs pensées dans nos pensées.

Mais attention : il ne s’agit pas de penser dans le vide. Les pensées sont toutes rattachées à un lieu, un espace, un sujet commun. Sans cela, on ne parlerait pas de musée mais de fourre-tout de l’intime. Car, comme dans un musée, il y a un fil conducteur qui relie toutes les œuvres. Une ligne invisible qui apparaît au fur et à mesure que l’on avance dans l’écoute et qui relie toutes ces personnes. Ce fil est différent pour chaque musée, car les lieux sont différents, les personnes sont différentes d’un endroit à l’autre, et donc les pensées et les liens seront différents.

Et par rapport à ce principe que nous mettons en place, par rapport à ce musée qui naît à partir des pensées des habitants d’une ville, nous pouvons affirmer que, comme nous sommes des êtres pensants, dans chaque ville il y a déjà un musée de l’intime et qu’il suffit, pour le percevoir, de le mettre en place.

Création et utilisation

La première étape est le recueil de lieux et de pensées. Pendant plusieurs jours, nous interviewons les habitants sur un endroit (parc, usine, quartier…) pour recueillir des donnés sonores. Dans ce même temps, nous commençons à définir les lieux d’implantation des capsules sonores dans cet endroit, car les deux sont liés, la pensée devant être rattachée à un lieu précis pour que l’auditeur ne soit pas dans un mode introspectif - risque qui peut y avoir sur un projet sonore - mais qu’il ce tourne vers l’extérieur, que le lien soit visible.
Une fois cette première étape entamée, nous réalisons tous les supports nécessaires à la visite : les capsules sonores sont montées et les lieux d’implantation sont marqués sur une carte de visite. Nous n’intervenons pas sur les espaces : pas de panneau ou d’installation, car nous souhaitons laisser cet espace tel qu’il est, comme les habitants le voient tous les jours, et comme avec un livre, si une pensée part dans une métaphore, une image particulière d’un lieu ou imagine une transformation de ce lieu, c’est à l’auditeur de se l’imaginer.

Vient la première fois où le musée est rendu public. Pour ce moment officiel où les auditeurs ont accès au musée, un rattachement physique est nécessaire, une « cabine d’accueil » est dès lors mise en place. C’est à ce moment que les auditeurs peuvent venir emprunter des audio guides et une carte où sont repris les différents lieux traités. Ces lieux sont numérotés. Chaque numéro de lieu correspond à une piste numérotée sur l’audio guide permettant de replacer chaque piste dans le parcours. Souvent, et quand cela est possible, nous interchangeons des pistes, nous créons des doublons (des endroits qui regorgent de pensées et qui nous permettent de créer plusieurs capsules pour un seul lieu) pour donner à chaque auditeur un parcours unique, et cela dans le but de forcer la conversation entre les auditeurs à la fin du parcours qui n’auront dès lors pas tout à fait vécu la même visite.
Par la suite, l’ensemble des outils nécessaires à la visite du musée (piste sonore et carte) seront téléchargeables sur Internet, laissant un accès gratuit et illimité aux personnes désirant le visiter. C’est aussi pour cette raison que nous n’intervenons pas physiquement sur les espaces, pour ne pas raccrocher l’exploitation du musée à une période limitée dans le temps.


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